Mathias ROBERT de HESSELN

31/12/2021 0 Par HP57PB38
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Mathias ROBERT de HESSELN, géographe de Louis XV, un enfant de Vahl.

par Paul BASTIEN.

Depuis le 17ème siècle, sous le règne d’Henri IV et plus encore sous Louis XIV et Louis XV, la géographie et la topographie connaissent un grand renouvellement dans la méthodologie de ces sciences. Cet élan s’amplifia jusqu’à la Révolution.

Le Souverain Louis XIV « désirait que l’on travaillât à faire des cartes de la France géographiquement plus exactes que celles qui y ont été faites ».

Dans ce travail de cartographie, la famille CASSINI s’illustra particulièrement en jetant les bases d’une étude systématique à grande échelle sur toute la France.

Un autre personnage, parmi les pionniers de cette nouvelle cartographie, Mathias ROBERT de HESSELN, y a largement contribué, mais a souvent été oublié.

Origines de ROBERT Mathias.

Mathias est le fils légitime de François Adam ROBERT (1702-1776) et Marie GERARDIN ( ? – 1783), tous deux nés et décédés à Hestroff (Moselle).François Adam fut chantre régent d’école à Vahl-lès-Faulquemont de 1730 à 1737.  Cette fonction prit fin au cours de l’année 1737, car en juin de cette année, un autre chantre régent d’école, Christophe ALBRECH est mentionné dans les registres de Vahl.

Puis, François Adam fut régent d’école à Chémery de 1737 à 1739, et à Hestroff en 1740.

Le couple ROBERT aura 6 enfants, dont 4 sont nés à Vahl-lès-Faulquemont (relevé dans les registres de la commune) :

– Nicolas, né le 15 juin 1730,

– Mathias, né le 1er mars 1732,

– Anne Marguerite, née le 16 août 1734,

– François Gaspard, né le 06 janvier 1736.

Source : Archives municipales de Vahl-lès-Faulquemont

Deux enfants sont nés hors du village de Vahl :

  • Jean Paul, né le 19 octobre 1738, à Chémery, décède le 31 octobre 1738,
  • Cécile, née le 04/03/1740 à Hestroff.

Nous pouvons donc supposer que la famille ROBERT déménagea à Chémery vers 1737, puis à Hestroff en 1740.

Dans certains écrits on note que les enfants de François Adam sont nés à Faulquemont. Ceci est une confusion. Qu’ils soient inscrits sur les registres de Faulquemont, on peut le comprendre, car le village de Vahl, sous le Marquisat (1629-1789) était une annexe de Faulquemont.

Il y a bien quelques personnes portant le patronyme ROBERT à Faulquemont aux 17ème et 18ème siècles, qui à première vue ne semblent pas avoir un lien de parenté avec la famille ROBERT de Hestroff. (relevé dans « Reconstitution des familles de Faulquemont » – Jean-Marie PIRA).

De l’enfance et de la scolarité de Mathias dans le village de Vahl, nous ne savons rien. Tout au plus nous estimons qu’il y a vécu jusqu’à l’âge de 5 ans, soit en 1737 année présumée du départ de ses parents pour Chémery, puis Hestroff.

Le parcours professionnel de ROBERT Mathias.

On ne connaît guère les détails du début de sa vie professionnelle.

Par différents ouvrages ou revues, on sait qu’il fut professeur de langue allemande et inspecteur des élèves de l’École Royale Militaire à Paris en 1771. Anobli par le Roi Louis XV, il prit le nom de Mathias ROBERT de HESSELN. Il fut nommé censeur royal, mais ses fonctions de topographe du Roi et géographe de la ville de Paris seront le point de départ de l’œuvre majeure de sa vie professionnelle.

Première approche de la topographie – 1771.

Source : Gallica – BNF

Son premier ouvrage … Dictionnaire Universel de la France, parut en 1771. Cette œuvre a vraiment une vocation encyclopédique, c’est ce qu’il faut entendre par « universel ».

Ce n’est pas à proprement parler une cartographie, comme on l’imagine de nos jours, mais c’est ainsi que l’on construisait ce type d’ouvrage qui présente un pays sous l’aspect physique, social, économique et politique.

On y voit un vrai « état des lieux » du royaume sous la fin du règne de Louis XV. La topographie et le découpage administratif ne sont pas oubliés : provinces, villes, bourgs, lieux-dits, monuments, voies de communication … et d’autres visages du pays y sont largement développés, comme les climats, les sols, les cultures, les forêts, l’artisanat, le commerce. D’autres aspects qui pour nous semblent bien éloignés de la topographie et cartographie y ont leur place : la situation du clergé et des monastères, du corps militaire, le rappel des grands faits historiques et des personnages célèbres …

Cet ouvrage, bien qu’il offre une très large vue sur la France, n’a en soi rien de très original.

Tous les chercheurs qui ont pratiqué cet ouvrage de ROBERT De HESSELN déplorent le manque de cartes et schémas.

Une nouvelle approche – 1780.

Source : Bibliothèque Nationale – BnF Gallica – Projet De HESSELN 1780

ROBERT de HESSELN, était conscient de certaines lacunes dans son « Dictionnaire universel », particulièrement ce manque de cartes.  

Il proposa en 1780, un autre projet, sa « Nouvelle topographie ou description détaillée de la France, 71 cartes avec les Discours. ».

Dans la version de 1871 comme dans la version de 1780, il n’était pas question de modifier l’assise administrative du pays, mais simplement de superposer à la carte de France un quadrillage qui faciliterait sa cartographie et par le fait sa description à diverses échelles.

Ce quadrillage s’appuie sur le méridien de Paris (voir ci-après) que CASSINI  avait mesuré par triangulation en 1720.  

Son but était d’aller plus loin dans la voie que CASSINI avait ouverte.

Le pays est divisé en 9 régions principales. Chaque région est découpée en 9 contrées de 18 lieues de côté (environ 72 km). Réparties en 9 districts, eux-mêmes subdivisés en territoires. Puis suivent les différents échelons des bancs, des cantons, des tènements, carreaux, pièces et mesures. La mesure, un carré de 8 toises (environ 16 mètres) de côté, étant l’unité fondamentale du quadrillage. C’est ce qu’il appelle le système des « neuf », en fait, des carrés de plus en plus petits, des divisions par 9.

  Source : Bibliothèque Nationale BnF – Méridien de Paris

De HESSELN voyait dans son projet le grand intérêt que pouvaient en tirer tous les citoyens, seigneurs, propriétaires fonciers, cultivateurs. Ils pourront avoir connaissance et fixer la situation, les limites et la superficie de chacune de leurs possessions.

 Dans ce projet rien n’indique qu’il y ait une intention de remanier les divisions administratives du Royaume. Notre géographe se borne à mettre en relief les imperfections du système actuel et à montrer les avantages que son réseau de mailles peut apporter pour tous les travaux topographiques.

1789

C’est en automne 1789 que devant l’Assemblée Nationale constituante se pose la question de la refonte de l’administration et plus précisément la constitution des assemblées administratives et les divisions du Royaume.

L’abbé SIEYES (1748-1836), député du Tiers-État, proposa un plan de division administrative du territoire en s’appuyant sur le projet de HESSELN.

Mathias ROBERT de HESSELN décède cette même année.

Ce fut Louis HENNEQUIN, son successeur, qui traça la carte de ce projet. Cette carte comprenait 80 circonscriptions composées de 9 districts, subdivisés en 9 cantons. Elle fut présentée au Comité le 29 septembre 1789 par le rapporteur THOURET. 

1790

Devant la résistance de l’opinion générale, ce plan de découpage considéré trop mathématique fut abandonné.

Après de nouvelles discussions, on se retourna vers le projet initial de ROBERT de HESSELN. Puis les géographes DUMEZ et CHANLAIRE, s’inspirant des plans de ce dernier, moyennant quelques aménagements présentèrent une nouvelle carte, en 9 régions, 83 départements, le 26 février 1790.

Ce qui donne ceci :

NORD-OUEST = Région des Mers / NORD = Région du Nord / NORD-EST = Région des Sources

OUEST = Région du Couchant / CENTRE = Région du Centre / EST = Région de Levant

SUD-OUEST = Région de la Garonne / SUD = Région du Midi / SUD-EST = Région du Rhône.

Ainsi, au début de l’année 1790, les deux géographes, voulaient croire que la division régionale qu’ils proposaient, recevrait l’accord du gouvernement.

1791

Mais cela, c’était sans compter l’avis officiel de l’Assemblée Nationale qui considéra que certaines régions étaient trop imposantes sur le plan de la dimension et de la population, et en conséquence détenaient un pouvoir ou une influence dangereuse pour la sureté de l’État. D’autre part, les organisations existantes de la Constitution Civile du Clergé, des divisions militaires, de la force publique et de l’administration des forêts, ne pouvaient, en l’état, s’inscrire dans le découpage des régions ou départements.

Le projet de division régionale de DUMEZ-CHANLAIRE, ne fut donc pas accepté et aurait dû disparaitre des cartes. Ces divisions continuèrent pourtant à y figurer en tant que références.

Les cartes de l’Atlas National de France, très chargées en détails ne sortaient que très lentement de l’atelier du graveur. Pour suppléer à cet inconvénient, nos géographes présentèrent l’Atlas National portatif de la France, édition réduite et simplifiée, à l’Assemblée Constituante. Ce projet fut accepté avec les honneurs, le 9 septembre 1791.

 Dans leur esprit et à leur satisfaction, ce nouvel atlas, présentait un avantage certain pour une meilleure acquisition de la connaissance de la géographie du pays. Il mènerait à un accès plus facile pour le public et surtout pour la jeunesse.

Conclusion.

Au fil des siècles, cet atlas initié par Mathias ROBERT de HESSELN, subira des modifications et aménagements divers en fonction des évolutions démographiques et des décisions sociopolitiques.

Mais la philosophie générale du projet initial est restée intacte, jusqu’à nos jours.

Sources :

. Bibliothèque Nationale – Gallica

. Différentes sources Wikipédia

. Archives municipales de Vahl-lès-Faulquemont

. Reconstitution des familles, Jean-Marie PIRA.

Note. 

Le texte intégral de cet article (12 pages) est publié dans la revue annuelle « Mémoires n° 5 » de la Société Histoire et Patrimoine du District Urbain de Faulquemont (SHPDUF).