Bernard SINU

11/03/2026 0 Par HP57PB38
 

Bernard Sinu
Curé du village de Faulquemont du XVIIe siècle

Marc Zolver – Mars 2026

 1614

//…// et appartient alternativement audit leurs // seigneurs comparsonniers, par droit de patronnage //…// et que seroit présentement en // n[ot]re tour de presenter, de ce est il que nous [d’heuement (dûment)] informés // des […], discrétion, bonne vie, et [moeurs], preudhomie suffisan[t]e // doctrine, capacité, et [aultres] louables qualités, estant en la personne // de messire Wolf Zolver, p[re]b[st]re (prêtre) dudict diocèse, et natif de n[ot]re dict // ville, nous avons Icelluy, pour ces causes presenté a la dicte cure // et eglise paroissiale, present[em]ent vacante, par le trespas et défaut // de feu mes[si]reConrad faust dernier possesseur d’icelle» le passage en gras corresponds à l’extrait figure 1).

Figure 1 : nomination de Wolf Zolver à la cure de Faulquemont par E. de Haraucourt – 5 avril 1614 – ADM 4F16

Le 8 avril 1614, Wolgang (Wolfgangnum) est alors confirmé officiellement par les autorités ecclésiastiques, en latin cette fois, document signé de Wolfgang lui-même et de maître Weistroff, notaire/tabellion à Faulquemont (figure 2), dont on retrouvera d’ailleurs bon nombre d’actes entre 1628 et 1642 en côte ADM 3E1564.

Figure 2 : nomination officielle de Wolf(gang) Zolver à la cure de Faulquemont – 8 avril 1614 – ADM 4F16

Les annales de Faulquemont (ADM 4F50), reprise sur la base de documents originaux du Sieur Robin, procureur fiscal à Faulquemont au XVIIIème siècle (mais peut-être plus probablement Robinet, contrôleur fiscal au 18ème ? alors que le Sieur Robin du 18ème semble être « ingénieur des ponts, chaussées et bastiments »), relate l’assassinat de Wolfgang en 1636 pendant la guerre de trente ans par les troupes suédoises passant par Faulquemont. Aucun document original n’a pu encore être retrouvé sur cet épisode.

1640

Après quelques années sans trace documentaire sur la cure de Faulquemont, l’arrivée d’un nouveau curé, Bernard Sinu, est attestée à partir de 1640. On trouve en effet sa première trace dans les documents notariés du notaire/tabellion Maître Nassoy de 1628 à 1686 (ADM3E1565) sur une déclaration en date du 3 octobre 1640, rapportant que sur les 3h de l’après-midi, l’honorable Clauss Becker, maître échevin à Faulquemont, est venu reconnaître et confessé, librement et volontairement, devoir la somme de « six vingts » francs en monnaie de Lorraine à messire Bernard Sinu, curé à Faulquemont. Bernard prêtera encore beaucoup d’argent tout au long de sa cure aux nombreux villageois de Faulquemont comme le montre les nombreuses déclarations enregistrées chez maître Nassoy. Bernard semble préférer ce dernier, visiblement plus francophone, à maître Weistroff, plutôt germanophone, même si nous trouvons des déclarations dans les deux langues pour chacun d’eux.

Figure 3 : signature de Bernard Sinu, curé de Faulquemont

En 1640, Bernard Sinu n’arrive pas seul. On sait en effet que Peter Zolver, né vers 1618, a priori fils de Jost Zolver (clerc juré et greffier à Faulquemont) et d’Appolonia, petit-fils de Haman Zolver (chastelain et officier de messire Elisée de Haraucourt) et de Catherine, se mariera avec Jeanne Sinu et auront leurs premiers enfants autour de 1640. Le plus ancien registre d’état civil de Faulquemont qui nous est parvenu (ADM 9NUM/212ED/GG1) mentionne en effet dès la première page en 1648, de la main de Bernard lui-même, « Joahanna petri zolver uxor » (Jeanne la femme à Peter Zolver) en marraine de Joes Bernard Fabri sur cet acte, dont on trouvera plus loin le patronyme « Sinu ». On trouve aussi dans le registre suivant (ADM 9NUM/212ED/GG2) un Jean Zolver, qui, par recoupement semble bien être l’aîné des enfants de Peter et Jeanne, décédé en 1697 « à l’âge de 60 ans », mais probablement un peu moins donc puisqu’aucune trace de Bernard (et aussi de Jeanne) n’apparaît avant 1640.

1654

Un document ultérieur, exceptionnel par son contenu, nous donne la clef de la relation entre Bernard et Jeanne. En effet, le 9 Février 1654, Bernard se rend à l’office de maître Nassoy pour y faire une donation à Anne Sinu, sa sœur, puis après elle, Jeanne Sinu, fille d’Anne et femme à Peter Zolver, et Louy, fils d’Anne (ADM 3E1565) :

« scachent tous que par devan moy Nicolau nassoy tabellion general au duché // de Lorraine, residant a faulquemont et des tesmoins au bas nommés, // comparu personnellement , vénérable et discrette personne, messire Bernard // Sinu curé audit faulquemont, lequel de sa pure vollonté et // liberallité a recongnu et confessé et par les [presentes] recongnaist et confesse // avoir donné et assigné donne et assigne apres son [deces], scavoir // a anne sinu sa soeur, apres elle Jehannette sa nie[p]ce fille a ladite anne et femme a petter zolver, et apres elle ses enfans et Louy fils // a ladicte anne, c’est ascavoir un prey cy […] et appellé // […] surnommé
le prey des morts, scis au ban dudit // faulquemont entre la rivière de nied d’une part et le fossé d’aultre // lequel prey [depent] par acquest de la bourgeoisie dudit faulquemont // par le consentement des seigneurs, avec la franchise de la dicte place // pour par elle en jouir sa vie naturelle durant, et apres elle ladite // Jehannette, et apres lad[ite] Jehanette ses dits enfants et ledict louy son frere, pour en prendre et recepvoir tous les pro[u]ffits et // esmoluments, sans […] le pouvoir vendre alliener ni // engager, a condition de lentretenir en bon esta en relevant les // fossés dallentour… »

Figure 4 : donation de Bernard Sinu à Anne Sinu, Jehannette femme de Petter Zolver et Louy (noms surlignés) ADM 3E1565

Pourquoi Anne a-t-elle conservé son nom de naissance ? Ses deux enfants pourraient-ils être « naturels » ? Anne et Louy vivent-ils aussi à Faulquemont, car ils ne sont plus jamais mentionnés dans aucun autre document ? Jeanne, par contre, apparaît de nombreuses fois jusqu’à son décès le 16 octobre 1682, peu de temps après le décès de l’un de ses fils, Francis Zolver, en mai 1682, tout juste marié et alors âgé de 23 ans.

Outre nos quatre Sinu, Bernard, Anne, Jeanne et Louy, dont deux au moins sont attestés à Faulquemont, une cinquième personne de la famille apparaît très brièvement dans les registres civils en 1659 et 1660, Gabriel(le) Sinu, marraine, jeune fille célibataire « adhur libera ». Gabrielle ne fait pas partie de la donation de 1654 et n’apparaît plus dans les documents ultérieurs à 1660. Fille d’Anne et sœur de Jeanne et Louy, recueillie par son oncle curé ? On peut penser que Gabrielle était incapable, handicapée et peut-être décédée précocement ? Impossible à prouver car si le registre d’état civil de Faulquemont démarre bien en 1648 pour les naissances, on y mentionne les mariages qu’à partir de 1669 et les décès qu’à partir de 1671… Bernard devait avoir un registre spécifique pour ces derniers.

 

1669

Jeanne est mariée depuis longtemps, Gabrielle est probablement décédée, Anne et Louy ne sont visiblement pas à Faulquemont, le curé Bernard Sinu peut alors accueillir 2 orphelines et leur mère, Dorothée et Marie Noël, et Catherine.

Catherine apparaît en effet dès 1666 en marraine dans le registre d’état civil, veuve et « nièce du curé » (vidua pastoristu temporis neptis), alors que Dorothée et Marie sont notée plus tard nièces (probablement petites nièces au vu de leur âge probable) et filles célibataires. Ceci indiquerait bien une relation familiale mère-filles entre les 3 femmes. Dorothée est marraine en 1668 « nièce du curé du lieu, fille célibataire » et Marie en 1669, « orpheline, fille célibataire et nièce du curé Bernard Sinu ».

Enfin, le 1er Septembre 1669, Bernard Sinu, archiprêtre de Morhange et curé de Faulquemont, célèbre probablement son dernier mariage entre Johannis Zolver, fils de Peter Zolver et de Jeanne Sinu, et Marie Cordonnier/Schumacher.

Figure 5 : Acte de mariage entre « Johannes Zolver fils de Pettere Zolver de faulquemont assisté de sondit père, de messire Bernard Sinu archiprestre de Morhange et curé dudit faulquemont et de Dominique Villicy dit la vigne dudit lieu d’une part et Marie fille de feu didrich cordonnier vivant de Boustroff assisté d’Irme[l] sa mère, de Thier[y] V[e/a]nner demeurant au pont des pierres, et de Hans Thir[ion] demeurant au dit Valle son [oncle] » 9NUM/212ED/GG1.

Il décèdera peu de temps après entre avril et mai 1670, dates respectives de sa dernière écriture et d’une nouvelle écriture dans le registre (9NUM/212ED/GG1), d’accident, de maladie ou de vieillesse.

Le 20 Aôut 1670, Dorothée Noël se marie avec Nicolas Gury dit la forest, sous la bénédiction du Sieur Laborne (ou Lacorne) « desservant la cure de Faulquemont ». La nouveau curé Philippe François Schweiss ne commencera alors à enregistrer qu’à partir de Février 1671.

Marie Noël se marie, quant à elle, avec Nicolas Zolver, fils de Peter Zolver et Jeanne Sinu, avant 1672 puisqu’ils auront un fils, Jean Nicolas, le 16 Mars de cette année, qui deviendra le curé de Bambiderstroff 25 ans plus tard.

1699

La recherche sur le curé Bernard Sinu se conclura dans la « déclaration des rentes, lègues pieux et fondations de la paroisse de fauquemont et particulierement de celles de la mère église de St Vincent » en 1699 (ADM G2005).

En effet, on y lit que « chaque semaine des quatre temps, on doit célébrer une messe de requiem pour feu le Sr Bernard Sinu cy devant archypretre de Morhange et curé de Faulquemont » qui y a légué « un jardin situé dans le ham entre MSgr le Marquis d’haraucourt et Peter Zolver » qui doit produire quelques revenus pour le curé et le maître d’école.

Il fonde de même par une donation les messes de requiem à la chapelle de Chemery « chaque semaine des quatre temps de l’année, qui se doit dire pour le repos de son âme et de celle de ses plus proches parents et amis pour chacune desquelles messes le Sr curé de fauquemont doit aussi avoir dix-huit gros pour sa retribution le reste de l’interest estant pour le luminaire et pour estre employé aux ornemens de la-dite chapelle ».

Originaire de Chemery, le curé Bernard Sinu aura ainsi servi 30 ans, au cœur du village de Faulquemont, visiblement bienveillant en prêtant de l’argent à nombre de villageois. Il est lié fortement à la famille Zolver de par sa nièce Jeanne et sa (petite) nièce adoptive Marie. Si on peut suivre Dorothée de par les registres et autres documents relatif à Nicolas Gury, son mari, il restera à découvrir ce que sont devenues sa sœur Anne, son neveu Louis, et sa probable nièce Gabrielle.